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Princeteau de retour à Libourne

Une œuvre du peintre libournais René Princeteau, le « Bœuf labourant » a été accrochée hier, après 15 jours de restauration. Vous pouvez désormais l'admirer dans la galerie de l'hôtel de ville, au premier étage. Réalisée en 1890 sur commande de la Caisse d'Épargne, elle a été donnée par l'établissement au Musée des Beaux-Arts.

L'histoire de René Princeteau

Le retour de René Princeteau dans le Libournais à partir de 1883 marque le début de ses grandes compositions célébrant la campagne. A cette date en effet, l’artiste quitte Paris et ses mondanités pour se réfugier dans la propriété viticole familiale de Pontus, à Fronsac, où il va devenir durant une vingtaine d’années l’observateur attentif et passionné de la vie rurale, rythmée par les saisons et les travaux des champs. Face au parc, aux prés et aux vignes, il peint désormais des bœufs, des vaches ou des chevaux de trait (cf. par exemple, au musée, L’arrivée au pressoir, 1889, inv. 92.3.1).

Dès 1884, de nombreux dessins et esquisses montrent que le thème du labour occupe régulièrement l’esprit du peintre. A cette même date, Princeteau réalise un premier Bœuf labourant, toile entrée au musée des beaux-arts de Libourne en 1937 (legs Henri Brulle, inv. 37.1.8). 

En 1890, l’artiste reçoit une commande émanant de la Caisse d’Epargne de Libourne. Il choisit alors un thème illustrant la ruralité défendue par la banque, en reprenant son Bœuf labourant de 1884, mais en choisissant un format trois fois plus imposant. 

Dans ce très grand format, l’artiste pousse les effets atmosphériques à leur paroxysme. Une touche encore plus grasse, une palette sombre, limoneuse, tellurique confèrent à la toile une intensité, une épaisseur une picturalité extrêmes. Le trait s’épaissit, se synthétise pour ne retenir que des silhouettes lourdes, courbées, épuisées par l’effort. Simplification et sens de l’unité des formes sont mis au service de la grandeur de la vie humble.

Comme chez ses prédécesseurs Rosa Bonheur ou Raymond Brascassat, c’est l’animal qui, par sa seule présence, domine le paysan et de fait s’impose comme le véritable héros du tableau. Cependant, le bœuf de Princeteau ne se situe pas sur le terrain du réalisme descriptif. Il se place plutôt sous l’ombre tutélaire de Millet : se dégage en effet de la toile le même silence recueilli. On pourrait voir dans Bœuf labourant une sorte de transposition animalière et païenne de L’Angélus.

Nous avons pu identifier, grâce au témoignage de son arrière petite-fille, le laboureur représenté sur la toile. Il s’agit d’Emile Guière, régisseur à Pontus. Preuve une fois de plus que Princeteau utilisait prioritairement ses employés agricoles comme modèles dans les toiles de la dernière période.

Restauration
Tiziana Mazzoni, Arthéo, 2016